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    19 juni

    BALLADE À MON VILLAGE


    BALLADE À MON VILLAGE

    Je suis tricentenaire, tu me connais à  peine.
    Depuis longtemps déjà, j'ai servi tes grands rois.
    Tes aïeux ont foulé le sol de leurs reines,
    Et tes parents connaissent les secrets de ces croix.


    Dans une lointaine ville, tu as vu le grand jour;
    J'ai  reconnu ta voix dans tes vagissements;
    J'entendais ta maman crier tout son amour
    À ce petit bambin qu'on soignait tendrement.

    J'étais heureux aussi dans ton premier printemps
    Quand ton père s'accroupit pour te tendre ses bras:
    Tes premiers pas étaient très longtemps hésitants,
    Car le son de tes marches résonnaient jusqu'à moi.

    Je ne vais pas, enfant, te raconter ta vie;
    Je la connais de trop depuis ta tendre enfance.
    Je voudrais simplement te donner une envie
    De connaître  mon âme et toutes ses confidences.

    Ma surface est petite, mais mon coeur est bien grand;
    J'adorais tes grands-pères et tes arrière-cousins
    Qui, chaque soir, en chantant des airs enivrants,
    Récitaient des poèmes à leurs joyeux voisins.

    À l'ombre des platanes, sous ces eucalyptus,
    Les rois, tes grands aïeux, aimaient les troubadours
    Qui amusaient la foule à l'ombre des hibiscus,
    Tout en complimentant ces sires et leurs bravoures.

    Sais-tu que le seigneur Andriamanambahoaka
    Encourageait mon peuple à soigner leur labour?
    Et les nobles du village  repoussaient les attaques
    Des roitelets voisins vivant dans mes faubourgs?

    Cette place étant publique, la foule se pressait
    Pour écouter les princes parler en paraboles;
    Les hommes étaient coiffés d'un grand chapeau tressé,
    Les femmes avaient leur lamba jeté sur les épaules.

    Ce portail de pierre ronde était ma forteresse
    Car elle barrait l'entrée à tous les provocants.
    Cette fossé qui m'entoure était une traîtresse:
    Elle servait d'embuscade contre les attaquants.

    Ce Rova majestueux, ou bien ce grand tombeau,
    Faisait mon grand honneur aux enterrements royaux;
    En chantant, les esclaves allumaient les flambeaux
    Avant de commencer les rites sépulcraux.

    Ici, sous ces figuiers, aux fraîcheurs des soirées ,
    Un prince et une princesse étaient deux tourtereaux.
    Ils s'enlaçaient, timides, et aimaient soupirer
    Lorsque, dans les feuillages, chantaient les passereaux.

    Tu vois toutes ces rizières où reflète le couchant,
    Toutes ces collines remplies de joyeux paysans,
    Ces zébus tout meuglant, ces parfums alléchants:
    Tes aïeux contemplaient ce tableau séduisant.

    J'aurai voulu encore t'emmener, enivré,
    Visiter ton grand-père, l'aïeul de ton village.
    Il se fait tard, hélas; les étoiles rallumées
    Te feront deviner les charmes de  mon âge.

    Rentre au bercail, écoute mon message:
    Rêve de ton village et de ton beau pays.
    Fiakarana est mon nom, et je n'ai qu'un visage;
    Aime mon âme d'antan et jamais ne m'oublie.

    Fiakarana, le 16 octobre 1967

    Rocky Rabaraona,
    © 1995 Symphonie d'une âme
        Tous droits réservés.

     





     
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